« 20 mai 1840 » [source : BnF, Mss, NAF, 16342, f. 153-154], transcr. Chantal Brière, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.9007, page consultée le 04 mai 2026.
20 mai [1840], mercredi après-midi, 4 h. ½
Je vous aime Toto quoique vous me taquiniez toujours. Il est vrai que les toits
de l’Hôtel de Ville sont hideux, que l’architecte est un cuistre, le conseil
municipal absurde, qu’on mettra du tuyau de poêlea dans les cours
intérieures et qu’on répétera l’ornementation avec une désespérante uniformité,
mais je suis de ton avis, l’Hôtel des anciens ducs de La
Force1 est
charmant et les [gouapeurs ?] de
toutes les qualités et de tous les [rangs ?] ne sont nullement
déplacés dans ce monument aristocratique et poétique.
Baisez-moi vous et
reconnaissez que vous êtes battu et rossé à plate couture dans ce combat inégal
de la BLAGUE. Je vous pardonne tous vos trines si vous amenez pavillon ou votre grand focb, ou phoque, sur le mât. Je
laisse le choix de l’expression au goût de votre belle humeur, vous êtes trop
humilié pour que j’en abuse plus longtemps.
Je ne donnerai pas l’argent
des impositions parce que c’est aujourd’hui jour de charbon et jour de
frotteur. D’ailleurs la mère Lanvin
viendra probablement dîner avec moi demain, il sera temps de lui donner
l’argent. Quel affreux temps, j’ai un froid de chien et je crains que ma pauvre
péronnelle2 ne
reçoive tous ces affreux nuages noirs sur la BOSSE. Quant à vous, mon amoureux,
vous avez un abri tout trouvé : mes bras et le reste, et si vous ne vous en
servez pas c’est que vous ne voulez pas et vous ne méritez aucune pitié. Je
voudrais être à ce soir pour vous faire enrager, à cette nuit pour vous
dodinerc, à demain matin
pour ……. AUTRE CHOSE, à demain soir pour baiser et rebaiser un beau bouquet
d’amour que je sens déjà d’ici. Vous êtes mon Toto.
Vous avez joliment
bien fait d’emporter votre TAS tout à l’heure car je n’aurais plus voulu rien
gribouiller, je n’ai pas besoin moi de déposer le long de votre MUR des tas
d’amour plus gros que moi pour que vous n’y fassiez pas même attention. Sur ce
je vous dis et je vous répète que les toits de l’Hôtel de Ville sont ratés,
qu’on a oublié tout bonnement de compléterd l’architecture par les cheminées et que les tuyaux
de poêlee dans les cours
intérieures seront du plus ridicule effet. Et que je vous adore par dessus les
toits tronqués, pointus et
autres.
Juliette
1 L’Hôtel de La Force est devenu une prison.
2 Sobriquet pour sa fille Claire.
a « tuyaux de poêles ».
b « foque ».
c « daudiner ».
d « completter ».
e « poêles ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
ils voyagent sur les bords du Rhin.
- JanvierHugo devient président de la Société des Gens de Lettres.
- MaiLes Rayons et les ombres.
- Mai-aoûtVillégiature à Saint-Prix.
- 11 juinSa sœur Renée épouse Louis Koch (né en 1801).
- 29 août-1er novembreVoyage sur les bords du Rhin et dans la vallée du Neckar.
